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Bangui, 16 janvier 2026 – Dans un entretien exclusif accordé à Vatican News, le cardinal Dieudonné Nzapalainga, figure morale majeure de la République centrafricaine , a exhorté les nouvelles autorités à cesser de prétendre que « tout va bien » dans un pays ravagé par la pauvreté, l’insécurité et la corruption. Son intervention intervient alors que le président Touadéra entame un troisième mandat controversé, obtenu avec 76,15 % des voix selon des résultats provisoires dénoncés par l’opposition comme frauduleux.

« Faire le bilan » : Un appel à l’autocritique du pouvoir

Le cardinal Nzapalainga n’a pas mâché ses mots. Il a appelé le gouvernement à procéder à une « autocritique du pouvoir » et à un « bilan de ce qui a été fait et de ce qui reste à faire ».

« J’espère que les autorités actuelles ne vont pas continuer comme avant. On a tout entendu lors des propagandes. Maintenant, il faut convertir cela en projet de société », a-t-il déclaré, insistant sur la nécessité d’écouter le peuple. Cette demande de reddition des comptes fait écho au message récent de la Conférence épiscopale centrafricaine, qui a dénoncé l’« abus de pouvoir et la corruption » comme des « ennemis qu’il faut encore éradiquer ».

Le paysage des défis : Sécurité, corruption et services défaillants

Le tableau dressé par le cardinal est sombre, malgré une amélioration relative de la sécurité par rapport à la crise de 2013.

Sécurité et déplacement

· Les poches d’insécurité persistent, notamment dans le Sud-Est (Zémio, Bombouti).

· Des violences récentes entre l’armée et la milice AAKG ont provoqué des déplacements de population.

· L’Église catholique sert de refuge aux personnes terrorisées et organise l’aide via Caritas, malgré des difficultés logistiques majeures.

Économie et corruption

· La corruption est un fléau qui mine la reconstruction.

· Les infrastructures de base (routes, hôpitaux, écoles) font cruellement défaut.

· Le gouvernement table sur une croissance de 3,5% en 2026 et souhaite renforcer ses recettes, mais les arriérés de paiement et la sous-performance de certains fonds publics révèlent de profondes fragilités.

Une vision pour l’avenir : La paix par le dialogue et une « symphonie » d’actions

Face à ces défis, le cardinal propose une voie claire.

· Rejet de la violence : « Nous ne construirons jamais ce pays avec des armes », a-t-il affirmé, plaidant pour une solution par le dialogue.

· Une victoire inclusive : Pour lui, le vrai vainqueur de l’élection doit être le peuple tout entier. Il appelle le président réélu à « s’unir, s’unir et s’unir » et à tendre la main aux régions marginalisées.

· Une approche holistique : Le cardinal critique la focalisation exclusive sur la sécurité. Il prône une « symphonie » d’efforts où la sécurité, l’éducation, la justice, l’aide humanitaire et le leadership religieux travaillent de concert. Cette vision rejoint le thème de l’année pastorale de son archidiocèse : « Mission ! L’espérance ne déçoit pas ! ».

Contexte politique : Un troisième mandat sous tension

Le président Touadéra a été réélu pour un mandat de sept ans, suite à une révision constitutionnelle controversée en 2023 ayant supprimé la limite du nombre de mandats. L’opposition, qui a boycotté le scrutin, conteste les résultats et dénonce des fraudes. Le gouvernement doit désormais composer avec les attentes immenses d’une population épuisée par des années de crise. Les évêques du pays ont rappelé que « la paix n’est pas un luxe, mais un droit inaliénable ».

Une voix qui compte

Le cardinal Nzapalainga n’est pas un observateur lointain. Figure centrale du processus de paix depuis 2013, il a cofondé la « Plateforme interreligieuse » avec l’imam Oumar Kobine Layama et le pasteur Nicolas Guerekoyame-Gbangou, unissant musulmans, catholiques et protestants pour la réconciliation. Son plaidoyer pour un développement autonome et des partenariats transparents avec l’étranger résonne également au sein de l’Église locale.

A un moment charnière pour la RCA, la voix du cardinal Nzapalainga sert de puissant rappel : la légitimité du pouvoir ne se déduit pas seulement des urnes, mais se construit par des actions concrètes au service du bien commun et de la justice. Le pays a « soif de paix », et celle-ci ne pourra advenir que si les dirigeants regardent la réalité en face et engagent un dialogue sincère avec toutes les composantes d’une nation blessée.

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