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Bangui, 28 décembre 2025 – La République centrafricaine a vécu, ce dimanche 28 décembre, un moment historique avec la tenue simultanée de quatre scrutins : présidentiel, législatif, régional et municipal. Si la journée s’est globalement déroulée dans le calme sous la surveillance de la Minusca, elle a été marquée par des difficultés logistiques, une forte mobilisation citoyenne et plusieurs incidents, notamment dans certains arrondissements de Bangui, venant entacher le processus.

Un Rendez-Vous Électoral Inédit

Les Centrafricains étaient appelés à se prononcer sur l’avenir de leur pays à travers un quadruple vote sans précédent. La particularité de ce scrutin réside dans l’organisation des élections municipales et régionales, les premières depuis 1988, soit près de quatre décennies. Cette étape est vue comme un pilier essentiel de l’accord politique de paix et de réconciliation de 2019 et une avancée vers la décentralisation.

Les chiffres-clés du scrutin :

· Inscrits : Environ 2,4 millions d’électeurs.

· Bureaux de vote : Près de 6 700 stations réparties dans environ 4 000 centres à travers le pays.

· Candidats à la présidentielle : 7 candidats, dont le président sortant Faustin-Archange Touadéra, briguant un troisième mandat.

· Appui logistique : La Minusca a mobilisé toute sa flotte aérienne et escorté des convois pour acheminer le matériel dans les zones les plus reculées.

Déroulement du Vote : Une Journée sous Tension

Le vote a débuté tôt le matin dans un calme relatif à Bangui, où une forte présence des forces de l’ordre et des véhicules blindés de l’ONU était visible. Dès l’ouverture, une affluence importante a été observée dans de nombreux bureaux, signe de l’engagement des citoyens.

Cependant, des dysfonctionnements organisationnels majeurs ont émaillé la journée. L’Autorité Nationale des Élections (ANE) a reconnu d’importantes difficultés logistiques.

Dans plusieurs quartiers de la capitale, comme Malimaka ou à l’école Koudoukou, le matériel est arrivé avec plusieurs heures de retard, retardant l’ouverture des bureaux. Des confusions dans la distribution des bulletins pour les législatives et les municipales ont été rapportées, empêchant certains électeurs de participer à tous les scrutins.

Par ailleurs, de nombreux citoyens n’ont pas retrouvé leur nom sur les listes électorales dans des centres comme l’école Pétévo ou la Cité Liberté.

Incidents et Allégations de Fraudes

Au-delà des problèmes organisationnels, la journée a été ponctuée d’incidents et d’allégations graves.

Incidents et signalements spécifiques :

  • Le Kidnapping de Madame la sous-préfète et d’un agent électoral à Bambouti.
  • A OBO dans le centre de GUILIGUILI le scrutin a duré moins de 08 heures du temps en raison des menaces continuelles de la milice A Zandé Ani Kpi Gbè.
  • Activités suspectes et bagarres : Des informations font état d’incidents dans certains arrondissements de Bangui. Dans le 3e arrondissement, des activités suspectes liées à l’association « 100% Touadéra » du ministre Hassan Bouba, ainsi dans le 5e arrondissement que le nom d’un autre ministre nommé Roméo Gribingui, ont été signalées.

Dans le deuxième arrondissement des bagarres ont éclaté entre l’ancien député Sonny Collé, son fils candidat et d’autres partisans des candidats.

Par ailleurs, une bagarre a éclaté entre des partisans du Mouvement Cœurs Unis (MCU), le parti du président sortant, et ceux de l’Union pour le Renouveau Centrafricain (URCA) d’Anicet-Georges Dologuélé dans le 3e arrondissement.

· Contexte de contestation : Ces incidents s’inscrivent dans un contexte politique déjà polarisé. Une partie de l’opposition, regroupée dans le « Bloc républicain pour la défense de la Constitution », boycotte le scrutin, le qualifiant de « mascarade ». Les principaux candidats de l’opposition en lice, Messieurs Dologuélé et Dondra, ont dénoncé à plusieurs reprises pendant la campagne des entraves à leur liberté de mouvement, les empêchant de se rendre en province.

Les Forces en Présence et les Enjeux

Le président sortant, Faustin-Archange Touadéra, se présente comme le « candidat de la stabilité ». Fort du soutien militaire des mercenaires russes (anciennement Wagner) et des forces rwandaises, il met en avant la reconquête d’une grande partie du territoire, estimée à près de 90%, qui était auparavant aux mains de groupes armés.

Son bilan économique et social, dans un pays où 71% de la population vit sous le seuil de pauvreté, reste toutefois un point de vulnérabilité exploité par l’opposition.

Face à lui, deux figures principales tentent de contester sa réélection : Anicet-Georges Dologuélé (URCA), arrivé second en 2016 et 2020, et Henri-Marie Dondra (UNIR), un ancien Premier ministre de Touadéra passé à l’opposition. Ils ont tous deux dénoncé un processus inégal et promettent de lutter contre la pauvreté et de rétablir un dialogue national.

Attente des Résultats et Perspectives

Les opérations de vote se sont terminées à 18 heures heure locale. L’Autorité Nationale des Élections a annoncé que les résultats provisoires de la présidentielle ne seront pas connus avant le 5 janvier 2026. En l’absence de majorité absolue au premier tour, un second tour serait organisé en février prochain.

La communauté internationale, notamment à travers la Minusca et le Secrétaire général de l’ONU António Guterres, a appelé au bon déroulement pacifique et crédible de ce scrutin, crucial pour la consolidation de la paix.

Cette édition spéciale sera mise à jour avec les réactions des acteurs politiques et des observateurs à la suite de la clôture du scrutin.

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