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Dans un récent discours à la nation, Donald Trump a célébré un « retour » économique des États-Unis et durci le ton sur l’immigration. Ce discours, centré sur les préoccupations intérieures avant les élections, a révélé le silence assourdissant sur un dossier majeur : les relations avec l’Afrique. Alors que le Président met en avant sa vision « America First », ses actions sur le continent africain – marquées par des sanctions, des restrictions et une diplomatie transactionnelle – créent un profond sentiment de frustration parmi ses partenaires.

Une politique africaine marquée par la restriction et le retrait

Les initiatives de la Maison Blanche envers l’Afrique sont perçues comme une succession de mesures punitives et de désengagement, guidées par une philosophie de « transaction, pas d’aide ».

· L’interdiction de voyager élargie : En décembre 2025, l’administration Trump a ajouté 20 pays à sa liste de restrictions de voyage. L’Afrique est la région la plus durement touchée, avec des interdictions totales pour des pays comme le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Soudan du Sud, et des restrictions partielles pour 12 autres nations, dont le Nigeria, le Sénégal et la Côte d’Ivoire. L’Union africaine a déploré l’impact potentiel de ces mesures sur les liens entre les peuples et les relations commerciales.

· La fin de l’aide au développement : Dès son premier jour de mandat en 2025, Trump a signé un décret mettant fin aux activités de l’USAID (l’Agence des États-Unis pour le développement international) en tant qu’entité indépendante, la fusionnant au Département d’État et gelant la majeure partie de l’aide. Cette décision a entraîné l’arrêt de plus de 5 300 projets d’aide dans le monde, l’Afrique subsaharienne étant le plus grand bénéficiaire historique de ces fonds.

· Une approche bilatérale et transactionnelle : La nouvelle stratégie privilégie les accords directs avec des pays précis, souvent conditionnés à l’accès aux ressources stratégiques. Un sommet d’urgence a par exemple réuni en juillet 2025 cinq pays d’Afrique de l’Ouest riches en ressources minérales. L’administration conditionne également son soutien au partage des coûts et à l’achat d’équipements militaires américains par les pays africains.

Les racines de la frustration sur le continent

Ces politiques sont vécues comme des coups portés à un partenariat historique et nourrissent plusieurs griefs majeurs.

· Une vision réductrice et un langage blessant : Trump aborde souvent les crises africaines sous un prisme simpliste, instrumental à sa base électorale nationaliste chrétienne. Il a ainsi dénoncé un prétendu « génocide » des Afrikaners en Afrique du Sud – une accusation infondée selon les experts – et menacé d’intervenir « armes à la main » au Nigeria pour défendre les chrétiens, ignorant la complexité des conflits qui touchent toutes les communautés. Cette rhétorique est perçue comme paternaliste et blessante.

· Des conséquences concrètes et des opportunités perdues : Les restrictions de voyages frappent des étudiants, des hommes d’affaires et même des supporters de football espérant assister à la Coupe du Monde 2026. La fin de l’USAID crée un vide dans des secteurs vitaux comme la santé, forçant les gouvernements à chercher des solutions de financement urgentes. Un avocat nigérian résume le sentiment d’injustice : « Cette position est injuste parce qu’elle met tous les Nigérians dans le même sac ».

· Une porte ouverte pour les rivaux : De nombreux analystes voient dans cette politique américaine de repli une aubaine pour la Chine et la Russie, qui renforcent leur influence économique, militaire et diplomatique sur le continent. Des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger ont déjà expulsé des forces occidentales pour se tourner vers Moscou. Un rapport du Sénat américain met en garde contre le déclin du « soft power » américain en Afrique au profit de Pékin.

L’Afrique entre résignation, pragmatisme et recherche d’alternatives

Face à cette politique américaine, les réactions officielles africaines sont souvent mesurées, oscillant entre la retenue diplomatique et une froide détermination.

· Réactions officielles en demi-teinte : Après l’annonce de l’interdiction de voyager, de nombreux gouvernements, comme celui du Mali, ont simplement déclaré qu’il était « trop tôt pour commenter ». D’autres, comme la Sierra Leone, ont exprimé l’espoir d’un dialogue avec Washington. Cette modération contraste avec la vigueur des critiques émises par les analystes et la société civile.

· Une rhétorique de la responsabilité et de l’auto-suffisance : En réponse à la fin de l’aide américaine, de nombreux dirigeants africains ont adopté un discours tourné vers la responsabilité nationale, appelant à mobiliser des ressources internes pour compenser les déficits de financement. Certains observateurs y voient une opportunité de « se réveiller » après des décennies de dépendance à l’aide, même si la corruption et le manque de capacités locales restent des obstacles majeurs.

· Le renforcement d’autres partenariats : La stratégie de Trump pousse les pays africains à diversifier leurs alliances. La participation massive au sommet Russie-Afrique de 2023 et le maintien de la Chine comme premier partenaire commercial du continent illustrent cette tendance. Comme le prédit un analyste, la politique de Trump risque de rendre les relations avec l’Afrique « incohérentes, imprévisibles et difficiles », incitant les gouvernements à « chercher ailleurs pour établir des partenariats solides ».

Alors que Donald Trump continue de vanter un bilan économique qu’il présente comme historique devant les électeurs américains, son héritage en Afrique semble se construire sur un tout autre registre : celui d’un partenaire imprévisible et conditionnel, dont les décisions unilatérales alimentent les frustrations et accélèrent une redistribution des cartes géopolitiques sur le continent. La Maison Blanche mise sur une relation strictement transactionnelle, mais cette approche pourrait bien, à long terme, affaiblir l’influence américaine au profit de rivaux plus constants.

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