Entre boycott, défi sécuritaire et course contre la montre financière, la République Centrafricaine tente une sortie de crise par les urnes.
Alors que la République centrafricaine (RCA) s’apprête à vivre des élections groupées historiques le 28 décembre 2025, le processus électoral ressemble moins à une célébration démocratique qu’à un champ de bataille politique.
La convocation du corps électoral pour ce quadruple scrutin – présidentiel, législatif, régional et municipal lance officiellement la course. Pourtant, derrière les déclarations officielles d’optimisme, le scrutin est miné par des tensions profondes qui questionnent sa crédibilité et son inclusivité.
Un paysage politique fracturé et un dialogue en panne
La première fracture est politique. La principale plateforme de l’opposition, le Bloc républicain pour la défense de la Constitution (BRDC), a annoncé son boycott du scrutin, accusant le pouvoir de l’avoir « verrouillé ».
Son coordonnateur, Crépin Mboli-Goumba, a martelé « Nous n’y participerons pas », après des mois de demandes de dialogue restées sans réponse satisfaisante de la part du président Faustin-Archange Touadéra. Cette décision prive l’élection d’une partie cruciale de l’opposition et jette une ombre sur sa légitimité.
Le camp présidentiel, quant à lui, avance. Le président Touadéra, candidat pour un troisième mandat controversé depuis l’adoption de la nouvelle Constitution en 2023, a été le premier à déposer sa candidature, affichant une confiance tranquille.
Face à lui, des figures de l’opposition divisée ont choisi de participer, comme les anciens Premiers ministres Anicet-Georges Dologuélé et Henri-Marie Dondra. Ce dernier déplore lui-même des élections « pas inclusives », tout en espérant les remporter. L’exclusion du parti de M. Dologuélé du BRDC pour « trahison » illustre l’ampleur des fractures au sein de l’opposition.
Un contexte sécuritaire et financier précaire
Au-delà des divisions politiques, le pari démocratique se joue sur deux autres fronts : la sécurité et le financement.
Sur le plan sécuritaire, des efforts notables sont consentis. La signature d’un accord de paix avec le groupe rebelle MPC de Mahamat Al-Khatim en novembre 2025, sous médiation tchadienne, vise à apaiser le climat à quelques semaines du vote.
Cet accord s’inscrit dans la continuité de ceux signés en avril avec d’autres groupes armés et la MINUSCA réaffirme son engagement à sécuriser le processus aux côtés des forces centrafricaines.
Malgré ces avancées, l’instabilité persiste, particulièrement sur les axes routiers et dans l’est du pays, rappelant que la sécurité reste un défi de taille pour permettre à tous les électeurs de voter en toute quiétude.
Sur le plan financier, le gouvernement a dû combler un déficit de financement. Une convention de 4,5 millions de dollars signée avec le PNUD, s’ajoutant à l’engagement de l’État, a permis de réduire considérablement ce déficit.
Le Premier ministre Félix Moloua a ainsi assuré que « les conditions sont grandement réunies pour la tenue des élections ». Cependant, la course contre la montre pour l’acquisition et le déploiement du matériel électoral dans un pays aux infrastructures souvent précaires reste un défi logistique immense.
Un scrutin à haut risque pour l’avenir de la République Centrafrique
Les élections du 28 décembre 2025 représentent bien plus qu’un simple changement de personnel politique. Elles sont un test décisif pour la démocratie centrafricaine.
La participation historique aux élections locales, une première depuis l’indépendance, porte en elle l’espoir d’une gouvernance plus proche des citoyens.
Des initiatives, comme celle du Haut Conseil de la Communication soutenue par ONU Femmes, tentent aussi d’insuffler une dynamique inclusive en promouvant une couverture médiatique équitable et en encourageant la participation des femmes.
Cependant, le boycott d’une frange importante de l’opposition, les défis sécuritaires et la précarité du contexte socio-économique placent ce scrutin sous une tension extrême.
La République Centrafrique est à la croisée des chemins : les urnes décideront si le pays emprunte la voie d’une démocratie apaisée et inclusive, ou si, au contraire, il s’enfonce un peu plus dans la division et la défiance.
Le véritable enjeu de ces élections groupées dépasse donc la simple organisation technique. Il s’agit d’un test décisif pour la consolidation démocratique de la RCA. Pour que ce pari soit réussi, il est impératif que tous les acteurs politiques fassent preuve de responsabilité et s’engagent dans un dialogue constructif, comme l’a rappelé l’Autorité Nationale des Élections (ANE) lors du lancement de la période de dépôt des candidatures.
L’enjeu dépasse les frontières du pays et impose à la communauté internationale une vigilance sans faille.

