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Bangui, le 20 Novembre 2025 – Le 14 novembre 2025, la validation de la candidature d’Anicet-Georges Dologuélé à la présidentielle centrafricaine par le Conseil constitutionnel a temporairement apaisé une tempête juridique, mais ses mots prononcés sur France 24 continuent de résonner comme un cri de défi dans les arcanes du pouvoir à Bangui et sur la scène internationale.

La phrase choc, « J’ai tout sauf l’air d’un idiot », est bien plus qu’une simple réplique : elle est l’expression d’une stratégie politique mûrement réfléchie, visant à contrer la guerre de l’information dans une République centrafricaine (RCA) devenue un terrain d’affrontement indirect entre la France et la Russie.

L’arme de la nationalité, au cœur d’une stratégie d’invalidation

Le contexte de cette déclaration est crucial. Depuis des semaines, le camp présidentiel, dirigé par Faustin-Archange Touadéra, utilise tous les ressorts juridiques pour écarter Dologuélé de la course à la magistrature suprême de décembre 2025. L’arme principale ?

La déchéance de sa nationalité centrafricaine, suite à sa renonciation à sa nationalité française, une condition imposée par la nouvelle Constitution.

La manœuvre visait à le rendre inéligible, le transformant de facto en « apatride » aux yeux de l’administration, une situation dénoncée avec véhémence par l’intéressé. En affirmant publiquement n’avoir « tout sauf l’air d’un idiot », Dologuélé ne se défend pas seulement d’être naïf face aux procédures ; il accuse implicitement ses adversaires d’orchestrer un « coup d’État constitutionnel ». Il s’adresse aux électeurs centrafricains pour leur signifier qu’il est pleinement conscient des enjeux et qu’il maîtrise sa destinée politique, loin des manipulations ourdies par le pouvoir.

Le message codé de la géopolitique : Paris, Moscou et la souveraineté

L’analyse de cette déclaration prend toute son ampleur à l’aune de la rivalité féroce entre la France et la Russie en RCA. Le pays, riche en ressources naturelles (diamants, or), est devenu un point focal de l’influence russe en Afrique, qui fournit un soutien militaire et sécuritaire au régime Touadéra via le groupe Wagner (désormais Africa Corps).

  • Le signal à Moscou et Bangui : Le message est clair : Dologuélé ne sera pas une marionnette. Face à un pouvoir qui s’appuie fortement sur la Russie pour sa survie, il se positionne comme un nationaliste indépendant, capable de défendre les intérêts centrafricains sans être inféodé à une puissance étrangère, fût-elle la nouvelle puissance tutélaire de Bangui. Sa déclaration est un avertissement qu’il ne se laissera pas écarter par la force ou l’intimidation russe.
  • Le clin d’œil à Paris et aux Occidentaux : En choisissant France 24, un média francophone à forte audience internationale, Dologuélé s’assure une visibilité auprès de la communauté diplomatique occidentale. Sa renonciation à la nationalité française a été un gage de bonne foi envers l’électorat national, mais sa présence sur une chaîne française lui permet de maintenir un canal de communication avec les partenaires traditionnels de la RCA. Il projette l’image d’un interlocuteur crédible, intelligent et indépendant, contrairement au narratif pro-russe qui dépeint souvent l’opposition comme des agents de l’Occident.

Une stratégie de communication pour l’indépendance

Dans un pays où la guerre de l’information fait rage, Dologuélé utilise la rhétorique comme une arme. La phrase « J’ai tout sauf l’air d’un idiot » est une tentative de reprendre le contrôle du discours politique. Il s’agit d’une affirmation de dignité et de compétence, visant à galvaniser sa base électorale et à décrédibiliser les tentatives de déstabilisation juridique du pouvoir en place.

Alors que la sécurité reste précaire et que des groupes armés opèrent toujours dans de nombreuses régions, la bataille politique se joue aussi sur le terrain médiatique et symbolique. La déclaration de Dologuélé est un acte politique fort, un rappel que derrière les manœuvres juridiques et les influences étrangères, des hommes politiques centrafricains sont prêts à se battre pour le pouvoir, conscients des pièges géopolitiques qui entourent leur pays.

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