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Bangui, le 19 Novembre 2025 – La signature répétée d’accords de paix entre le gouvernement centrafricain et divers groupes armés, y compris avec Mahamat Al-Khatim, chef de l’Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), suscite de vives critiques à l’approche des échéances électorales.

 Si le président Faustin-Archange Touadéra défend la paix comme l’unique voie pour la reconstruction nationale, ses détracteurs l’accusent de motivations politiques, voire de « deal » électoral.

Une stratégie de paix controversée

Depuis son arrivée au pouvoir, le Président Touadéra a fait de la paix une priorité, saluant régulièrement la dissolution de groupes armés et l’intégration de certains de leurs membres dans le processus de désarmement (DDRR). L’Accord politique pour la paix et la réconciliation (APPR) de Khartoum, signé en février 2019, en est la pierre angulaire.

Cependant, la mise en œuvre de ces accords est semée d’embûches et de retraits. Plusieurs groupes armés signataires, dont l’UPC, ont suspendu leur participation au gouvernement à divers moments, dénonçant des manquements de l’État. Des massacres attribués à ces mêmes groupes, comme celui de Paoua en 2019 impliquant le groupe 3R, dont le chef était pourtant conseiller spécial militaire du Premier ministre, jettent un doute sur l’efficacité réelle de ces accords et la sincérité des signataires. Le Président a lui-même dénoncé les « agissements criminels de certains » signataires de l’accord.

Les accusations de « deal politique »

C’est dans ce contexte de sécurité précaire que la signature d’accords, particulièrement à l’approche des élections, alimente les soupçons de l’opposition et de la société civile. Les critiques portent principalement sur le fait que le gouvernement ferait des concessions politiques, voire financières, pour s’assurer une paix temporaire ou des soutiens électoraux dans les zones contrôlées par ces groupes.

Les détracteurs du Président l’accusent de vouloir « acheter » la paix ou des voix en instrumentalisant le processus de paix à des fins électorales. Un accord controversé avec Mahamat Al-Khatim a été qualifié de « désastre en devenir » par certains observateurs. La peur est que ces accords ne fassent que légitimer les chefs de guerre et leur permettent d’exercer une influence politique indue, plutôt que de garantir une paix durable et la justice pour les victimes.

De plus, ces manœuvres sont perçues comme une tentative de Touadéra de consolider son pouvoir et de fragiliser l’opposition, en particulier alors que sa candidature pour un potentiel troisième mandat a été validée dans un contexte de forte tension.

La position du Président : pas d’autre chemin que la paix

Face aux accusations, le Président Touadéra a toujours défendu sa politique. Il a notamment déclaré qu’il n’y a « pas d’autre chemin que la paix pour reconstruire notre pays ». Il rejette fermement les accusations de « deal politique » et appelle les populations à comprendre que l’enjeu principal est leur protection.

La stratégie du gouvernement, soutenue par la présence de la force de maintien de la paix de l’ONU (MINUSCA) et l’appui controversé de mercenaires russes du groupe Wagner, vise à ramener la sécurité sur l’ensemble du territoire pour permettre la tenue d’élections crédibles.

En somme, si la volonté de paix du Président Touadéra est louable, la méthode consistant à négocier avec des chefs de guerre accusés de graves exactions, surtout en période électorale, reste au cœur d’une vive polémique nationale, mêlant espoir de stabilité et craintes de manipulations politiques.

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