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Bunia, Ituri – Dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), une crise humanitaire d’une ampleur catastrophique se déroule loin des projecteurs internationaux. En Ituri, la faim n’est plus une simple conséquence du conflit, mais une arme de guerre silencieuse qui décime des communautés entières. Alors que les violences intercommunautaires et les attaques de groupes armés plongent la province dans un chaos sanglant, une famine sévère s’aggrave, directement provoquée par l’impossibilité pour les populations de cultiver leurs champs.

Un Cercle Vicieux : La Violence qui Engendre la Faim

Le constat sur le terrain est sans appel : l’insécurité généralisée empêche toute activité agricole, pourtant vitale pour cette région fertile.

« Nous dépendons de l’agriculture pour notre subsistance. C’est une saison de plantation cruciale, avec l’espoir de récolter en mai et juin. Cependant, avec la situation actuelle, il est impossible d’aller dans les champs parce qu’il est dangereux de s’éloigner de plus d’un kilomètre de chez soi. La famine tue plus que les balles, surtout les enfants », témoigne Moise, un leader communautaire de Djugu.

Ce témoignage résume la situation atroce dans laquelle se trouvent des centaines de milliers de personnes. Les déplacements massifs, causés par la peur des attaques, des enlèvements et des violences sexuelles, ont vidé les villages et abandonné les terres agricoles. Les civils qui tentent de résister se heurtent à une réalité brutale : se nourrir peut devenir une condamnation à mort.

L’Effondrement des Structures et l’Échec de la Réponse

Au-delà des champs inaccessibles, c’est l’ensemble du tissu socio-économique de l’Ituri qui s’effondre, accélérant la crise alimentaire.

· L’éducation anéantie : Le système éducatif est une victime collatérale directe. Rien qu’en 2025, plus de 290 écoles ont été endommagées ou détruites dans la province, portant à plus de 1,3 million le nombre d’enfants non scolarisés en Ituri. Privés de leur droit à l’apprentissage, ces enfants deviennent encore plus vulnérables à l’exploitation, aux abus ou au recrutement par les groupes armés.

· Le système de santé en lambeaux : La crise sanitaire est aiguë. L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) alerte sur la multiplication des épidémies (choléra, rougeole, poliomyélite) dans une région où 70% des structures de santé du Nord-Kivu voisin sont non fonctionnelles. La malnutrition aiguë, combinée à ces maladies, devient rapidement mortelle, particulièrement pour les enfants.

· Une aide humanitaire sous-financée et entravée : Les agences des Nations Unies et les ONG présentes sur le terrain tirent la sonnette d’alarme depuis des mois, mais leurs efforts se heurtent à un mur : le sous-financement chronique. « Les besoins sont immenses, et nos ressources ne sont pas suffisantes », a déclaré John Agbor, représentant de l’UNICEF en RDC. Au-delà des fonds, l’accès humanitaire reste limité en raison de l’insécurité, et les approvisionnements ne peuvent être prépositionnés, laissant les populations sans filet de sécurité.

La Région Entière Sous Tension

L’impact de la crise en Ituri ne s’arrête pas aux frontières de la province. Un flot continu de réfugiés fuit les violences, mettant à rude épreuve les capacités d’accueil des pays voisins.

La Burundi, par exemple, fait face à l’une des plus importantes arrivées de réfugiés depuis des décennies, avec près de 70 000 personnes entrées sur son territoire depuis le début de l’année 2025. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) est contraint de réduire les rations alimentaires pour pouvoir atteindre le plus de personnes possible, passant de 75% à seulement 50% de la ration complète. Sans fonds supplémentaires, l’aide alimentaire pourrait être suspendue dès juillet, promettant une catastrophe encore plus grande.

Une Indifférence Internationale Coupable

Face à l’ampleur de la tragédie, la réponse de la communauté internationale est perçue comme gravement inadéquate. Greg Ramm, directeur de Save the Children en RDC, s’est dit « choqué et scandalisé par cette attaque insensée et brutale contre des enfants innocents » et a souligné que « la réponse humanitaire actuelle dans l’est de la RDC est très inadéquate, en raison d’un manque de financement et d’attention internationale sans précédent ».

Alors que les besoins humanitaires atteignent des sommets, l’argent manque pour les opérations les plus basiques. Le PAM a ainsi lancé un appel urgent pour 19,8 millions de dollars afin de simplement poursuivre son assistance alimentaire jusqu’à la fin de l’année 2025. Sans un engagement financier immédiat et massif, la famine en Ituri, déjà sévère, risque de se transformer en hécatombe.

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