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La mission d’enquête de l’ONU au Soudan a rendu un verdict accablant, jeudi 19 février, concluant que les atrocités commises par les Forces de soutien rapide (RSF) lors de la prise d’El-Fasher en octobre 2025 portent les « caractéristiques d’un génocide » contre les communautés non arabes Zaghawa et Four. Le rapport documente trois jours de « terreur absolue », des exécutions de masse, des violences sexuelles systématiques et des appels explicites à l’élimination de groupes ethniques.

Nations Unies – « Les caractéristiques d’un génocide ». Le terme, lourd de sens juridique et historique, a été officiellement prononcé, jeudi 19 février, par la Mission internationale indépendante d’établissement des faits pour le Soudan. Dans un rapport accablant intitulé « Soudan : les caractéristiques d’un génocide à El-Fasher », les experts mandatés par l’ONU concluent que les Forces de soutien rapide (RSF) et leurs milices alliées ont mené une « campagne de destruction coordonnée » contre les communautés non arabes Zaghawa et Four lors de la prise de la capitale du Darfour-Nord.

Trois jours de « terreur absolue » et d’extermination ciblée

Selon l’enquête, la chute d’El-Fasher, le 26 octobre 2025, après un siège de 18 mois, a été suivie de « trois jours d’horreur absolue ». Les RSF ont exécuté des milliers de civils, avec une férocité et une systématique qui, pour la mission, ne font aucun doute sur l’intention.

Le rapport, qui s’appuie sur 320 entretiens avec des témoins et victimes ainsi que sur l’analyse de 25 vidéos authentifiées, détaille des scènes d’une violence inouïe :

· Exécutions de masse : Au moins 460 patients, médecins et soignants auraient été exécutés à l’hôpital saoudien, avant que leurs corps ne soient brûlés. Des centaines d’autres civils ont été tués à l’Université d’El-Fasher, dans les rues et dans les mosquées.

· Violences sexuelles comme arme de guerre : Les enquêteurs ont documenté des viols généralisés et systématiques de femmes et de filles, âgées de 7 à 70 ans, y compris des femmes enceintes. De nombreuses survivantes ont décrit avoir été violées devant les membres de leur famille. Dans un cas, une fillette de 12 ans a été violée par trois combattants des RSF devant sa mère, peu après que son père eut été tué en tentant de la protéger.

· Détentions arbitraires et disparitions : L’ancien hôpital pour enfants d’El-Fasher a été transformé en centre de détention et d’exécution. Les familles étaient contraintes de payer des rançons, les personnes issues de la communauté Zaghawa étant soumises aux montants les plus élevés.

Une intention génocidaire clairement établie

Le président de la mission, Mohamed Chande Othman, a souligné que ces actes n’étaient pas des « excès de guerre aléatoires », mais bien une « opération planifiée et organisée » revêtant les « caractéristiques d’un génocide ».

La mission conclut que trois des cinq actes constitutifs du crime de génocide, selon la convention de 1948, ont été commis :

1. Le meurtre de membres d’un groupe ethnique protégé.

2. Le fait de causer des atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe.

3. La soumission délibérée du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle (par un siège de 18 mois ayant privé les civils de nourriture et d’aide humanitaire).

L’enquête cite des déclarations explicites des assaillants, qui criait : « Y a-t-il un Zaghawa parmi vous ? Si nous trouvons des Zaghawa, nous les tuerons tous » ou encore « Nous voulons éliminer tout ce qui est noir du Darfour ».

Preuves satellitaires et réactions internationales

Ce rapport accablant s’appuie en partie sur le travail du Laboratoire de recherche humanitaire (HRL) de l’Université Yale, qui avait documenté, dès juillet 2023, la construction par les RSF d’un mur de terre (berm) piégeant les civils dans la ville. L’analyse d’images satellite a permis d’identifier 150 groupes d’objets cohérents avec des corps humains, dont certains ont été brûlés et enterrés par les RSF.

Les conclusions de l’ONU ont immédiatement suscité des réactions. La secrétaire d’État américaine adjointe sortante a qualifié le rapport de « constatation officielle de génocide » par les RSF. Le Trésor américain a annoncé de nouvelles sanctions contre trois commandants des RSF pour leur rôle dans la campagne d’El-Fasher.

La cheffe de la diplomatie britannique, Yvette Cooper, a jugé ces atrocités « vraiment horrifiantes » et a promis de porter l’affaire devant le Conseil de sécurité de l’ONU.

De son côté, le Centre Raoul Wallenberg pour les droits de la personne (RWCHR) a salué un rapport qui « confirme » ses propres conclusions juridiques émises dès 2024, appelant la communauté internationale à agir sans délai pour protéger les populations encore menacées.

L’impunité, terreau des atrocités

La mission onusienne met en garde : ces atrocités ont été rendues possibles par un sentiment d’impunité totale. Alors que le conflit s’étend désormais vers la région du Kordofan, où de nouvelles frappes de drones ont tué des dizaines de civils cette semaine, les experts appellent la communauté internationale à « agir de manière décisive pour prévenir de nouvelles atrocités et mettre fin à cette violence insensée ».

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