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N’Djamena, 26 janvier 2026 – Par l’intermĂ©diaire de son ambassade Ă  N’Djamena, la France a officiellement notifiĂ© au prĂ©sident tchadien, le marĂ©chal Mahamat Idriss DĂ©by Itno, une convocation Ă  l’ÉlysĂ©e. Cette dĂ©marche intervient dans un contexte de pressions diplomatiques croissantes, Ă  la suite de la remise d’un dossier substantiel par l’opposition tchadienne en exil, documentant une sĂ©rie de graves violations des droits de l’homme.

Si les dĂ©tails de l’entretien Ă  venir entre le prĂ©sident français Emmanuel Macron et son homologue tchadien restent confidentiels, les sources concordantes dĂ©crivent une relation bilatĂ©rale historiquement forte, mais dĂ©sormais mise Ă  l’épreuve par des prĂ©occupations en matiĂšre de gouvernance et de respect des libertĂ©s fondamentales.

Le dossier accablant de l’opposition en exil

Le dossier transmis Ă  l’ÉlysĂ©e par les opposants tchadiens dresse un bilan sĂ©vĂšre de la situation politique et sĂ©curitaire dans le pays. Il s’appuie sur des rapports d’organisations internationales et documente plusieurs affaires qui ont dĂ©frayĂ© la chronique ces derniĂšres annĂ©es :

· L’assassinat de Yaya Dillo : Le leader du Parti socialiste sans frontiĂšres (PSF) a Ă©tĂ© tuĂ© en fĂ©vrier 2024 lors d’un assaut des forces de sĂ©curitĂ© sur son siĂšge Ă  N’Djamena. Les autoritĂ©s ont Ă©voquĂ© un Ă©change de tirs, mais une enquĂȘte de Reuters a rapportĂ© qu’il aurait Ă©tĂ© abattu par une balle dans la tempe tirĂ©e Ă  bout portant. Aucune enquĂȘte indĂ©pendante n’a Ă©tabli les responsabilitĂ©s.

· La condamnation de SuccĂšs Masra : L’ancien Premier ministre et principal rival de Mahamat DĂ©by lors de l’élection prĂ©sidentielle de mai 2024 a Ă©tĂ© condamnĂ© en aoĂ»t 2025 Ă  20 ans de prison pour « incitation Ă  la violence » et « complicitĂ© de meurtre ». Human Rights Watch qualifie ce procĂšs de « fondĂ© sur des accusations Ă  caractĂšre politique ».

· La rĂ©pression des manifestations du 20 octobre 2022 : La violente dispersion de ces rassemblements anti-junte avait fait des dizaines de morts. Une loi d’amnistie adoptĂ©e fin 2023 a empĂȘchĂ© toute poursuite contre les membres des forces de sĂ©curitĂ© impliquĂ©s. Des centaines d’hommes et de garçons arrĂȘtĂ©s avaient Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s vers la prison de haute sĂ©curitĂ© de Koro Toro, oĂč beaucoup ont subi des traitements inhumains.

· L’étouffement de l’espace civique : Les arrestations arbitraires de militants, les menaces contre les journalistes et l’interdiction systĂ©matique des manifestations pacifiques sont rĂ©guliĂšrement documentĂ©es. En octobre 2023, la police avait arrĂȘtĂ© des dizaines de militants prĂ©parant le retour d’exil de SuccĂšs Masra.

Une relation France-Tchad aux multiples facettes

La convocation du prĂ©sident DĂ©by s’inscrit dans une relation bilatĂ©rale complexe, oĂč les impĂ©ratifs sĂ©curitaires et les prĂ©occupations dĂ©mocratiques se heurtent.

Le Tchad, un partenaire stratégique

Pour la France, le Tchad reste un allié militaire pivot dans la lutte contre le terrorisme au Sahel. Le pays abrite une importante base opérationnelle française. Cette coopération sécuritaire est un pilier historique de la relation.

Les leviers de l’influence française

Au-delĂ  du militaire, la France dispose d’une influence Ă©conomique et culturelle significative :

· Aide au dĂ©veloppement : La France est le premier partenaire bilatĂ©ral en matiĂšre d’aide au dĂ©veloppement du Tchad. L’Agence Française de DĂ©veloppement (AFD) y mĂšne des projets pour un portefeuille de plusieurs centaines de millions d’euros.

· CoopĂ©ration Ă©ducative et culturelle : Un rĂ©seau d’établissements scolaires francophones et des programmes de formation enseignants renforcent les liens culturels.

· PrĂ©sence Ă©conomique : Une vingtaine d’entreprises françaises sont implantĂ©es dans des secteurs clĂ©s comme l’agroalimentaire, l’énergie et la banque.

Les dossiers sensibles qui opposent Paris et N’Djamena

MalgrĂ© cette proximitĂ©, plusieurs points de friction persistent et alimentent les critiques d’une partie de la classe politique et de la sociĂ©tĂ© civile française envers le rĂ©gime tchadien :

· La gouvernance politique : L’élection prĂ©sidentielle de mai 2024, remportĂ©e par Mahamat DĂ©by, a Ă©tĂ© entachĂ©e par des accusations d’irrĂ©gularitĂ©s et marquĂ©e par des violences.

· L’impunitĂ© et les droits humains : L’absence de justice pour les victimes des violences d’octobre 2022 et la condamnation de SuccĂšs Masra sont perçues comme des signaux nĂ©gatifs.

· La gestion des crises régionales : Alors que le Tchad accueille plus de 650 000 réfugiés soudanais fuyant la guerre, la réponse humanitaire est chroniquement sous-financée, créant des tensions sociales et sécuritaires.

Quelle portée pour la convocation française ?

La convocation de Mahamat Idriss Déby Itno à Paris représente un signal diplomatique fort, mais sa portée réelle reste à déterminer.

Pour l’opposition tchadienne en exil, c’est une opportunitĂ© de placer les violations des droits humains au cƓur de l’agenda bilatĂ©ral. Ils appellent la France Ă  aller au-delĂ  des dĂ©clarations de principe et Ă  user de ses leviers d’influence pour exiger des rĂ©formes concrĂštes.

Cependant, le prĂ©sident tchadien abordera cet entretien en position de force relative. Il se prĂ©sente comme un garant de la stabilitĂ© rĂ©gionale, un argument qui pĂšse lourd face aux crises au Soudan et en Libye. RĂ©cemment, lors de la prĂ©sentation des vƓux du corps diplomatique Ă  N’Djamena, il a rĂ©affirmĂ© son engagement en faveur de la paix et du droit international, tout en plaidant pour une reprĂ©sentation africaine Ă©quitable au Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU. Sa stature de chef d’État reconnu par ses pairs africains, comme en tĂ©moigne un rĂ©cent Ă©change de messages avec le prĂ©sident algĂ©rien, renforce sa lĂ©gitimitĂ© sur la scĂšne internationale.

Le dĂ©fi pour Emmanuel Macron sera de trouver un Ă©quilibre dĂ©licat : maintenir une coopĂ©ration sĂ©curitaire jugĂ©e vitale, tout en rĂ©pondant aux attentes de ceux qui exigent que les valeurs dĂ©mocratiques et le respect des droits de l’homme ne soient pas sacrifiĂ©s sur l’autel de la Realpolitik.

L’issue de cette rencontre Ă  l’ÉlysĂ©e sera scrutĂ©e comme un indicateur de la future orientation de la politique française en Afrique.

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