Alors que le Tchad et la RCA ont inauguré deux nouveaux postes frontaliers à Sido, la République centrafricaine assume désormais une part active du commandement sur le terrain. Focus sur le secteur de Kabo, placé sous l’autorité du capitaine Paoulis Charly Sammuel, et sur les attentes des populations locales centrafricaines, premières bénéficiaires de cette sécurisation.
Bangui, 20 Février 2026 – L’annonce a été officialisée le 19 février : la force mixte frontalière tchado-centrafricaine monte en puissance. Mais derrière la communication conjointe, c’est bien un tournant pour la République centrafricaine qui se joue dans la zone de Sido. Pour la première fois depuis la réactivation de cette coopération militaire, Bangui assume une responsabilité opérationnelle accrue sur sa propre portion de frontière.
Kabo, nouveau bastion de la sécurité centrafricaine
Côté centrafricain, c’est la ville de Kabo qui devient l’épicentre du nouveau dispositif. Le secteur opérationnel installé dans cette localité stratégique est placé sous le commandement du capitaine Paoulis Charly Sammuel, un officier formé à l’école de guerre et rompu aux défis sécuritaires des zones frontalières.
Contacté par notre rédaction, une source proche de l’état-major centrafricain précise les contours de sa mission : « Le capitaine Sammuel ne se contentera pas d’une présence statique. Il doit organiser des patrouilles dynamiques, coordonner le renseignement avec son homologue tchadien et, surtout, établir un contact permanent avec les villages riverains. »
Cette approche, insistent les militaires centrafricains, vise à rompre avec les pratiques passées où les postes frontières restaient des bunkers déconnectés du terrain. « Un soldat centrafricain doit être vu, connu et respecté par sa propre population », ajoute notre source.
Une population centrafricaine à la fois protégée et vigilante
Du côté des habitants des villages frontaliers côté RCA, l’arrivée de ces renforts suscite un mélange d’espoir et de prudence. La région a trop souvent souffert des incursions de groupes armés, des coupeurs de route et des trafics en tous genres pour crier victoire trop tôt.
« Nous savons que les soldats sont là pour nous protéger, mais nous savons aussi qu’ils ne pourront pas être partout », témoigne un commerçant de Kabo joint par téléphone. « Ce que nous attendons d’eux, c’est qu’ils nous écoutent. Ce sont nos bergers, nos femmes qui vont aux champs, qui voient les mouvements suspects en premier. »
Le message semble avoir été entendu jusqu’à Bangui. Lors des échanges qui ont précédé l’installation des nouveaux postes, les autorités centrafricaines ont insisté pour que l' »implication des populations » ne reste pas un slogan, mais devienne une méthode.
Le général Nassour à l’écoute des réalités locales
La visite sur place du général de brigade Moubarak Abakar Nassour, commandant de la force mixte, n’a d’ailleurs pas été qu’une simple inspection militaire. À la demande expresse de la partie centrafricaine, le programme a inclus des rencontres approfondies avec les autorités locales et les représentants des villages riverains.
« Le général a écouté. Il a entendu les craintes, mais aussi les attentes concrètes des Centrafricains », confie un administrateur territorial présent lors des échanges. « Ce n’est pas un détail : cela signifie que Bangui a réussi à imposer une approche où la sécurité ne se décrète pas seulement depuis N’Djamena, mais se construit avec nous. »
Faciliter le commerce, une priorité pour Bangui
Au-delà de l’aspect sécuritaire pur, la RCA a également fait valoir un argument économique majeur. Pour Bangui, sécuriser la frontière de Sido, c’est aussi permettre aux commerçants centrafricains de reprendre leurs activités avec leurs voisins tchadiens sans craindre pour leur vie ou leurs marchandises.
Les échanges entre les deux pays, autrefois florissants, ont été étranglés par des années d’insécurité. Le bétail tchadien descendait vers les marchés centrafricains, tandis que les produits manufacturés et les denrées de première nécessité remontaient en sens inverse. Ce commerce vital pour des milliers de familles des deux côtés de la frontière ne pourra reprendre que si la confiance revient.
C’est tout l’enjeu de ces nouveaux postes : offrir aux populations centrafricaines non seulement une protection, mais aussi une perspective de renaissance économique.
Un test pour la crédibilité de l’armée centrafricaine
Pour Bangui, ce renforcement du dispositif à Sido représente également un test grandeur nature. La crédibilité de l’engagement centrafricain dans cette force mixte se joue désormais sur le terrain, au contact quotidien des populations et des unités tchadiennes.
Le capitaine Paoulis Charly Sammuel et ses hommes savent qu’ils seront observés. Par leurs homologues, par les habitants, mais aussi par une communauté internationale qui suit de près l’évolution de la coopération sécuritaire entre les deux pays.
La consigne donnée par le commandement centrafricain est claire : discipline exemplaire, respect absolu des civils, et efficacité opérationnelle. Rien de moins.

