KINSHASA, 29 janvier 2026 – Roland-Gilbert Okito Lumumba, fils aîné du héros de l’indépendance congolaise Patrice Emery Lumumba, s’est éteint ce matin à Kinshasa à l’âge de 67 ans des suites d’une courte maladie. Il avait consacré sa vie entière à la défense de la mémoire et de l’héritage politique de son père, figure fondatrice de la République démocratique du Congo (RDC), brutalement assassiné en janvier 1961.
Une vie au service d’une mémoire
Né en 1958, Roland-Gilbert Okito Lumumba avait connu son père seulement pendant ses premières années. La disparition tragique de Patrice Lumumba, premier Premier ministre élu du Congo indépendant, victime d’un coup d’État et d’une exécution sommaire avec la complicité de puissances étrangères, a marqué à jamais le destin de sa famille et de la nation.
En tant que président de la Fondation Patrice Lumumba, il a été, jusqu’à son dernier souffle, le gardien infatigable de cette mémoire. Son combat n’était pas seulement celui d’un fils, mais celui d’un citoyen engagé pour la vérité historique et la justice.
Un combat pour la vérité et la justice
Son action s’est articulée autour de plusieurs fronts :
· La quête de vérité : Il a constamment réclamé la pleine lumière sur les circonstances précises de l’assassinat de son père et sur l’identification de tous les responsables, nationaux et internationaux. Ce combat a connu un tournant historique en 2023 lorsque le gouvernement belge a officiellement restitué à la famille une relique une dent qui était le dernier reste physique de Patrice Lumumba, après des décennies de conservation controversée.
· La transmission de l’héritage : À travers la Fondation, il a organisé des colloques, soutenu des publications et œuvré à ce que la pensée politique de Lumumba son panafricanisme, son engagement pour la justice sociale et sa dénonciation du néocolonialisme soit étudiée et comprise par les jeunes générations.
· La voix d’un symbole : Sa parole, rare et mesurée, résonnait bien au-delà des cercles familiaux. Elle rappelait à la RDC et à l’Afrique les idéaux inachevés de l’indépendance et les combats qui restent à mener.
Une disparation qui résonne
La nouvelle de son décès a provoqué une vague d’émotion à travers la RDC et la diaspora panafricaine. Le président de la République, Félix Tshisekedi, a salué dans un communiqué « un homme discret et digne, qui portait avec un courage tranquille le lourd fardeau d’un nom historique. Sa lutte pour la vérité était un service rendu à toute la nation. »
Les hommages affluent également du monde académique et politique, reconnaissant en lui non pas un homme politique, mais un pilier essentiel de la conscience historique congolaise. Sa disparition survient alors que la RDC, et l’Afrique dans son ensemble, continuent de s’interroger sur leur souveraineté et leur place dans le monde, des thèmes chers à Patrice Lumumba.
L’héritage à poursuivre
Roland-Gilbert Okito Lumumba laisse derrière lui le souvenir d’un homme de devoir, qui a transformé un drame personnel en un combat universel pour la dignité. Son décès pose avec acuité la question de la transmission : qui prendra désormais le flambeau pour exiger que toute la vérité soit dite sur l’un des épisodes les plus sombres de la décolonisation ?
Alors que la Fondation Patrice Lumumba perd son président, son travail celui de préserver la mémoire d’un père pour éclairer le chemin d’un peuple demeure plus nécessaire que jamais. La mort de Roland-Gilbert Okito Lumumba n’est pas la fin d’un chapitre, mais un rappel poignant que le livre de l’histoire, et de la justice, reste à compléter.

