Alors qu’un rapport des services de renseignement kenyans fait état du recrutement de plus d’un millier de citoyens pour combattre aux côtés des forces russes en Ukraine, l’ambassade de Russie à Nairobi a opposé un démenti cinglant, dénonçant une « campagne de propagande ».
Nairobi, 20 Février 2026 – La tension diplomatique monte d’un cran entre Nairobi et Moscou. Jeudi 19 février, l’ambassade de la Fédération de Russie au Kenya a publié un communiqué virulent pour démentir les accusations de « recrutement illégal » de citoyens kényans, destinés à être déployés sur le front ukrainien. Cette mise au point intervient au lendemain de la présentation devant le Parlement kenyan d’un rapport accablant des services de renseignement (NIS).
Le rapport kenyan : 1 000 Kényans envoyés au front
Selon le rapport du NIS, présenté mercredi par le leader de la majorité parlementaire, Kimani Ichung’wah, plus de 1 000 Kényans auraient été « dupés » et recrutés pour rejoindre les forces russes. Le document dresse un tableau saisissant du sort réservé à ces hommes : 89 seraient actuellement déployés sur la ligne de front, 39 seraient hospitalisés et 28 seraient portés disparus. Au moins un décès a été confirmé.
Le rapport détaille un vaste réseau de trafic d’êtres humains, impliquant des agences de recrutement véreuses et, selon les accusations, des complicités au plus haut niveau. Des agents de l’immigration, de la police kenyane, mais aussi du personnel des ambassades de Russie à Nairobi et du Kenya à Moscou sont soupçonnés d’avoir facilité l’octroi de visas touristiques aux recrues.
Ces hommes, souvent d’anciens militaires, policiers ou jeunes diplômés au chômage, se voyaient promettre des emplois civils lucratifs. « Ils vous disent que vous allez travailler comme agent de sécurité… et une fois sur place, on vous emmène dans des camps militaires », a dénoncé Kimani Ichung’wah devant les députés, évoquant une « duperie » tragique.
La version de Moscou : un démenti catégorique
En réaction, l’ambassade de Russie a publié une déclaration ferme, réfutant « dans les termes les plus forts » toute implication. Le communiqué dénonce une « campagne de propagande dangereuse et trompeuse » qui a récemment dégénéré en « accusations directes » contre sa mission diplomatique.
Selon la représentation russe, « les autorités gouvernementales russes ne se sont jamais livrées au recrutement illégal de citoyens kényans au sein des forces armées de la Fédération de Russie ». Elle affirme n’avoir délivré aucun visa à des ressortissants kényans ayant déclaré vouloir participer à « l’opération militaire spéciale » en Ukraine.
La faille juridique : un enrôlement volontaire possible
Cependant, dans un subtil jeu d’équilibre diplomatique, la même déclaration rappelle que « la législation de la Fédération de Russie n’interdit pas aux citoyens de pays étrangers de s’enrôler volontairement dans les forces armées ». L’ambassade suggère que si des Kényans se trouvent légalement sur le sol russe, ils pourraient, à titre individuel, faire ce choix.
Un tollé grandissant
Sur le terrain, la détresse des familles est immense. Jeudi, des proches de 35 recrues présumées ont manifesté à Nairobi, brandissant des portraits de leurs fils et frères avec des messages poignants. « Ramenez notre fils », pouvait-on lire sur les pancartes. Winnie Rose Wambui, dont le frère Samuel Maina est parti en Russie pour un emploi d’agent de sécurité dans un centre commercial, a confié à notre correspondant n’avoir plus de nouvelles depuis un message vocal angoissé, envoyé en octobre.
Face à la pression, Nairobi affirme avoir déjà rapatrié 27 de ses ressortissants et annoncé la fermeture de plus de 600 agences de recrutement suspectes. Le ministre des Affaires étrangères, Musalia Mudavadi, doit se rendre à Moscou le mois prochain pour tenter de trouver une issue à cette crise qui empoisonne les relations bilatérales.

