La nuit du 31 mars au 1er avril 2026 restera gravée dans la mémoire des Burundais. Des explosions en chaîne au dépôt militaire du Camp Base ont ravagé des quartiers entiers de la capitale. Des dizaines de morts, des milliers de blessés, une ville sous le choc — et une question que personne ne peut plus éviter.
Ce n’est pas la guerre qui a frappé Bujumbura cette nuit-là. C’est pire, d’une certaine façon : c’est la négligence. Un dépôt de munitions militaires situé en plein cœur urbain, qui s’embrase et transforme en quelques minutes une capitale endormie en zone de combat. Le Burundi compte ses morts. Et ses responsables.
Bujumbura, le 1er avril 2026 — Il était environ 20 heures, heure locale, lorsque les premières explosions ont retenti au Camp Base, le principal dépôt d’armes et de munitions de l’armée nationale du Burundi. En quelques minutes, ce qui aurait pu rester un incident militaire circonscrit s’est transformé en catastrophe urbaine de grande ampleur. Des obus, des roquettes et des projectiles de toutes natures se sont dispersés dans les quartiers environnants, explosant à l’impact sur des toits, dans des cours, dans des rues où des familles venaient de s’installer pour la nuit.
Le ciel de Bujumbura a rougi. Puis les explosions en chaîne ont commencé. Elles ne se sont pas arrêtées avant l’aube.
Le bilan provisoire : une catastrophe humaine
80+ Morts, selon les premières sources hospitalières concordantes
2 000+ Blessés, majoritairement des civils
3 Quartiers dévastés : Ngagara, Kinindo, Rohero
Urgent Appel aux dons de sang lancé par les hôpitaux débordés
Ces chiffres, encore provisoires au moment où nous publions, ne cessent de s’alourdir à mesure que les équipes de secours progressent dans les décombres. Les hôpitaux de la capitale, insuffisamment équipés pour absorber un afflux de cette ampleur, ont lancé dès la nuit des appels urgents aux dons de sang. La Croix-Rouge burundaise a établi des postes de secours d’urgence et des centres d’hébergement provisoires pour les déplacés. Les moyens restent dérisoires face à l’étendue des dégâts.
Des quartiers soufflés — des vies brisées
Ngagara, Kinindo, Rohero : trois quartiers résidentiels de Bujumbura qui, au lever du jour, ressemblaient à des zones de guerre. Des immeubles éventrés par les souffles. Des toitures arrachées. Des fenêtres pulvérisées sur des centaines de mètres. Des écoles et des centres de santé endommagés. Des centaines de familles à la rue, déambulant dans une ville qui n’avait pas prévu de les accueillir.
« J’ai vu le toit de ma maison s’envoler. Mes enfants hurlaient. Nous avons couru sans savoir où aller. Ce n’était pas un incendie ordinaire. On aurait dit que la guerre revenait. » — Jeanne, mère de trois enfants, rencontrée dans un centre d’hébergement d’urgence, Bujumbura, 1er avril 2026
Le témoignage de Jeanne n’est pas isolé. Des dizaines de civils rencontrés dans les points de rassemblement décrivent les mêmes scènes : l’obscurité trouée par les lueurs d’explosion, les projectiles embrasés s’abattant sur les habitations comme une pluie de feu, la fuite dans la nuit sans comprendre ce qui se passait. Pour beaucoup, la référence spontanée est celle de la guerre civile — un réflexe de mémoire dans un pays où les crises armées ont profondément marqué les corps et les esprits.
La question que personne ne pouvait plus éviter
Le Camp Base n’est pas un site militaire éloigné des populations. Il est implanté au cœur du tissu urbain de Bujumbura. Cette réalité géographique, tolérée depuis des décennies au nom de contraintes logistiques et budgétaires, vient de se transformer en verdict. Lorsqu’un dépôt de munitions explose en pleine ville, il n’y a pas de périmètre de sécurité, pas de zone tampon, pas de distance qui protège. Il y a seulement des civils — et des obus.
Pourquoi un arsenal militaire au cœur de la capitale ?
Le Camp Base abrite le principal dépôt d’armes et de munitions de l’armée nationale burundaise. Sa localisation en zone urbaine dense est le produit de décisions historiques jamais remises en question. De nombreuses capitales africaines héritent de cette configuration : des installations militaires conçues à l’époque coloniale ou post-indépendance, dans des zones alors périphériques, progressivement englouties par l’expansion urbaine. Le résultat est une bombe à retardement au sens littéral — que la nuit du 31 mars vient d’illustrer avec une brutalité sans appel.
Le porte-parole du gouvernement, dans une déclaration lue à la télévision nationale, a évoqué la « profonde émotion » du président Évariste Ndayishimiye et annoncé l’ouverture d’une enquête. Les premières hypothèses officielles pointent vers un court-circuit électrique ou une négligence dans le stockage de munitions sensibles. Aucune revendication n’a été formulée à ce stade. Les autorités insistent sur la piste accidentelle.
Un pays fragilisé, une histoire qui pèse
Le Burundi n’est pas un pays ordinaire au regard de son histoire récente. Depuis la tentative de coup d’État de 2015 contre le président Pierre Nkurunziza — mort en 2020 dans des circonstances toujours débattues — et les violences qui s’ensuivirent, le pays vit sous une tension politique latente. Son successeur, Évariste Ndayishimiye, a tenté d’amorcer une normalisation internationale, mais les organisations de défense des droits humains continuent de documenter des violations graves. L’espace civique reste étroitement contrôlé.
Dans ce contexte, la tentation est grande, dans une partie de la population, de voir dans cet incendie autre chose qu’un accident. Notre rédaction ne dispose à ce stade d’aucun élément permettant d’étayer une hypothèse criminelle ou politique. Mais elle note que cette question existe, qu’elle circule dans la population burundaise, et qu’il appartiendra à l’enquête annoncée d’y répondre avec une transparence que l’histoire récente du pays n’a pas toujours rendue naturelle.
L’Union africaine a exprimé sa tristesse et proposé son soutien. Les Nations unies se sont déclarées prêtes à apporter une assistance humanitaire d’urgence. Le président Ndayishimiye a promis la prise en charge des frais médicaux et des funérailles. Un deuil national devrait être décrété dans les prochaines heures.
Combien de drames faudra-t-il encore pour que l’on éloigne enfin les arsenaux de la vie des citoyens ? Bujumbura vient de payer, au prix du sang, le coût d’une décision que personne n’avait jamais pris la peine de remettre en question. Il est désormais trop tard pour les victimes de cette nuit. Il n’est pas trop tard pour les autres.

