
ADDIS-ABEBA, le 18 Février 2026 – Le 39ème sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, qui s’est achevé dimanche 15 février 2026 dans la capitale éthiopienne, restera comme celui des paradoxes. D’un côté, une organisation panafricaine qui tente de resserrer les rangs face à la gangrène sécuritaire ; de l’autre, une institution qui engage un virage historique en brandissant le droit international contre les anciennes puissances coloniales.
En clôturant ces travaux, les dirigeants africains ont livré une feuille de route à double détente : réprimer sans faiblesse les putschistes, mais ne jamais oublier les crimes du passé.
Tolérance zéro : le rempart contre l’effondrement
Sur le plan politique, le message est clair, presque martial. Face à la recrudescence des coups d’État qui ont secoué le Sahel et l’Afrique de l’Ouest ces dernières années, l’UA a réaffirmé sa politique de « tolérance zéro » à l’encontre de tout changement anticonstitutionnel.
Les chefs d’État l’ont martelé : ces ruptures brutales de l’ordre légal ne sont pas de simples affaires internes. Elles sont le terreau de l’instabilité régionale, des déplacements de populations et du vide sécuritaire que les groupes jihadistes s’empressent de combler. Pour endiguer ce phénomène, la Commission de l’UA, désormais dirigée par Mahmoud Ali Youssouf, a annoncé la création d’une plateforme sécuritaire élargie réunissant pas moins de 18 pays. Une initiative qui vise à mutualiser le renseignement et à coordonner les ripostes face à des menaces qui, elles, ne connaissent pas de frontières.
L’épine sahélienne : le dialogue ou l’impasse
Mais la grande absente des discussions officielles, ou plutôt la grande inquiétude, reste la fracture au sein de l’Afrique de l’Ouest. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) par le Mali, le Burkina Faso et le Niger trois pays en rupture de ban avec la CEDEAO a placé l’UA dans une position délicate. Comment maintenir l’unité continentale quand le ciment régional se fissure ?
La réponse d’Addis-Abeba est un exercice d’équilibriste : insister sur le maintien du dialogue et promettre des médiations. L’Union africaine sait qu’elle ne peut imposer une solution par la force. Son rôle sera donc celui d’un facilitateur discret, tentant de recoudre les liens entre des États souverains et les organisations sous-régionales. Un chantier titanesque, tant les rancœurs sont vives.
Le passé comme arme de l’avenir
Pourtant, le tournant le plus spectaculaire de ce sommet n’est pas sécuritaire, mais historique et juridique. Dans une déclaration forte, les chefs d’État ont reconnu la colonisation comme un « crime contre l’humanité », une qualification juridique lourde de conséquences, puisqu’elle relève du droit international.
Au-delà du symbole, il s’agit d’engager des actions concrètes pour contraindre les anciennes puissances coloniales à répondre de leurs actes. Le président ghanéen, John Dramani Mahama, a enfoncé le clou en promettant de porter le combat sur la scène onusienne avec un projet de résolution spécifique sur l’esclavage. Cette offensive diplomatique vise à sortir du registre de la repentance pour entrer dans celui de la réparation. Elle marque la fin d’une époque où l’Afrique assistait, impuissante, aux débats sur son propre passé.
Un nouveau capitaine à la barre
Enfin, ce sommet aura été celui de la passation. Le président burundais, Evariste Ndayishimiye, a été désigné pour prendre la présidence tournante de l’Union. Un choix qui pourrait signaler une attention accrue portée à la région des Grands Lacs, autre poudrière du continent.
Au sortir de ce 39ème sommet, l’Union africaine affiche une volonté de fermeté sur les principes (refus des coups d’État) et une audace nouvelle sur le récit historique (qualification de la colonisation). Reste à savoir si ces résolutions, aussi ambitieuses soient-elles, ne resteront pas lettre morte. Entre la fragmentation du Sahel, la menace jihadiste et les dossiers brûlants de l’Est, le nouveau président en exercice et la Commission devront prouver que l’Afrique n’est pas seulement une voix qui compte dans les instances internationales, mais aussi une force qui agit sur son propre sol.

