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ADDIS-ABEBA, le 14 FĂ©vrier 2026 – Tandis que les chefs d’État et de gouvernement africains sont rĂ©unis dans la capitale Ă©thiopienne pour le 39e sommet de l’Union africaine , une ombre planait au-dessus des dĂ©bats, sans jamais ĂŞtre officiellement invitĂ©e Ă  la table : celle de Macky Sall. Depuis des mois, l’hypothèse d’une candidature de l’ancien prĂ©sident sĂ©nĂ©galais au poste de secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral des Nations unies alimente les conversations dans les chancelleries. Pourtant, Ă  l’heure oĂą le continent pourrait thĂ©oriquement choisir son poulain, le mystère reste entier, entretenu par un silence diplomatique assourdissant venu de Dakar.

Le fantôme de la réunion ministérielle

L’information, révélée par nos confrères de Jeune Afrique, a valeur de symbole fort. Le 12 février, lors de la réunion préparatoire des ministres des Affaires étrangères, une liste exhaustive de trente-sept pages détaillant les candidats africains aux hautes fonctions internationales a circulé. Le nom de Macky Sall n’y figurait pas. « Dakar n’a pas souhaité communiquer sur le sujet », a sobrement commenté un ministre d’Afrique centrale présent dans la salle.

Ce silence n’est pas anodin. Dans la course à la succession d’António Guterres, le parrainage par un État est la condition sine qua non pour exister juridiquement. En refusant d’actionner ce levier, le nouveau pouvoir sénégalais, dirigé par Bassirou Diomaye Faye, oppose un veto de fait à l’ambition de son prédécesseur.

L’énigme de la délégation sénégalaise

Pour ajouter au trouble, le président Faye a choisi de ne pas faire le déplacement. C’est son Premier ministre, Ousmane Sonko, qui conduit la délégation à Addis-Abeba. Un choix protocolaire qui, en apparence, peut sembler anodin, mais que les observateurs analysent comme une manœuvre d’évitement.

« Le fait que le Premier ministre reprĂ©sente le chef de l’État Ă  ce sommet peut s’analyser comme une manière pour Bassirou Diomaye Faye d’Ă©viter une exposition personnelle sur un dossier politiquement dĂ©licat », analyse pour la presse locale Moussa Diaw, spĂ©cialiste des relations internationales.

En effet, porter publiquement Macky Sall reviendrait pour le nouveau chef de l’État à marcher sur un champ de mines politique. Depuis son arrivée au pouvoir, le tandem Faye-Sonko n’a cessé de charger le bilan de l’ancien régime, l’accusant de « détention cachée » de la dette et pointant du doigt la répression meurtrière des manifestations entre 2021 et 2023.

Une opinion publique fracturée

À Dakar, l’idée d’un soutien officiel à Macky Sall déclenche des réactions viscérales, y compris au sein même de la majorité présidentielle. Le député Guy Marius Sagna, figure de proue du panafricanisme, s’y oppose farouchement, estimant qu’un tel geste serait « pire qu’une trahison » envers la mémoire des « martyrs » tombés lors des crises. Dans la société civile, Seydi Gassama, d’Amnesty International Sénégal, met en garde le président Faye : soutenir Macky Sall, ce serait « trahir la mémoire de plus de 65 Sénégalais tués par son régime ».

Paradoxalement, l’ancien président peut compter sur des relais inattendus. L’exclusion récente de Bougar Diouf, responsable de la coalition présidentielle, pour avoir pris publiquement position en faveur de la candidature de Macky Sall, montre à quel point le sujet est clivant.

Un lobbying actif mais fragile

Car en coulisses, les partisans de l’ancien chef de l’État ne ménagent pas leurs efforts. Installé à Marrakech, Macky Sall cultive ses réseaux. L’ancien président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, lui-même réfugié au Maroc après un coup d’État, s’est transformé en ambassadeur itinérant de la cause Sall, multipliant les appels à ses homologues de Brazzaville à Kigali. Une initiative que le poids politique tout relatif d’un chef d’État déchu rend cependant fragile.

Le compte à rebours a commencé

Au-delà du cas sénégalais, la route de Macky Sall vers le 38e étage du United Nations Headquarters à New York est pavée d’obstacles. La date limite pour le dépôt des candidatures est fixée au 1er avril 2026. Passé ce délai, il sera trop tard.

À cela s’ajoute une donne géopolitique majeure : selon la coutume non écrite de la rotation géographique, ce serait au tour de l’Amérique latine et des Caraïbes de prendre les rênes de l’organisation. De plus, la pression internationale pour qu’une femme accède enfin à ce poste n’a jamais été aussi forte.

L’horloge tourne. D’ici six semaines, le mystère devra se dissiper. Soit Macky Sall trouve un État autre que le sien pour le parrainer, soit son ambition onusienne, si bruyamment commentée, s’évanouira dans les limbes des « presque » de l’histoire. En attendant, à Addis-Abeba, le sujet demeure un non-dit pesant, l’ombre portée d’une candidature sans tête de pont.

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