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La justice marocaine a rendu son verdict, jeudi 19 février, condamnant les 18 supporters sénégalais arrêtés lors de la finale de la CAN à des peines allant de trois mois à un an de prison ferme. La défense a immédiatement annoncé son intention de faire appel.

Rabat, Maroc le 20 Février 2026 – Le tribunal de grande instance de Rabat a mis un terme, ce jeudi 19 février, à plus d’un mois de détention provisoire pour les 18 supporters sénégalais impliqués dans les incidents de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations. Ils ont été condamnés à des peines de prison ferme, modulées en fonction de leur degré d’implication retenu par la cour.

Un verdict à géométrie variable

Poursuivis pour « hooliganisme », une qualification englobant violences contre les forces de l’ordre, dégradations d’équipements sportifs, invasion de pelouse et jets de projectiles, les prévenus ont entendu un jugement différencié :

· Neuf d’entre eux ont écopé de la peine la plus lourde : un an de prison ferme, assortie d’une amende de 5 000 dirhams (environ 460 euros).

· Six autres ont été condamnés à six mois de prison et 2 000 dirhams d’amende (180 euros).

· Les trois derniers se sont vu infliger trois mois de prison et une amende de 1 000 dirhams (90 euros).

Un ressortissant français d’origine algérienne, jugé séparément pour avoir jeté une bouteille d’eau, a également été condamné à trois mois de prison et une amende de 1 000 dirhams.

« Boucs émissaires » et annonce d’appel

L’annonce du verdict a été accueillie par des protestations de la part de certains supporters dans le box, qui ont refusé dans un premier temps de quitter la salle d’audience. Me Patrick Kabou, leur avocat sénégalais inscrit au barreau du Gers (France), a exprimé sa consternation : « C’est incompréhensible. On prend acte de cette décision, mais nous estimons que nos clients servent de ‘boucs émissaires’. Nous allons faire appel dans le délai légal de dix jours ».

La défense a tout au long du procès contesté la solidité des preuves, arguant que les images de vidéosurveillance ne constituaient pas des « preuves irréfutables » et qu’il n’y avait eu « aucun flagrant délit ». L’avocate Naïma El Guellaf avait plaidé pour la relaxe ou, à défaut, des peines alternatives.

Des réquisitions initiales plus lourdes

Le parquet avait requis des peines allant jusqu’à deux ans de prison ferme, s’appuyant sur les images des caméras du stade Moulay-Abdellah et les certificats médicaux des membres des forces de l’ordre blessés, dont quatorze s’étaient constitués partie civile. Le ministère public a également évalué les dégâts matériels à plus de 370 000 euros.

Lors de l’audience, les prévenus avaient réaffirmé leur innocence tout en exprimant leurs « regrets », soulignant que les peuples marocain et sénégalais étaient « frères ». La barrière de la langue a marqué les débats, le vice-consul du Sénégal à Casablanca ayant dû jouer les interprètes pour ceux qui ne parlent que le wolof.

Un contexte sous haute tension

Ces condamnations judiciaires s’ajoutent aux sanctions déjà prononcées fin janvier par la Confédération africaine de football (CAF) contre les deux fédérations, pour « comportements antisportifs ». Pour l’avocat de la partie civile, Me Mustapha Simou, ces sanctions de la CAF, non contestées par le Sénégal, « confirment la culpabilité » des prévenus.

Ce procès intervient alors que le Maroc, qui a réussi l’organisation de sa CAN, se prépare à coorganiser la Coupe du monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal, un contexte qui, selon certains observateurs, a pu inciter les autorités à faire preuve de la plus grande fermeté face aux débordements.

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