Alors que la junte centrafricaine tente de réduire sa dépendance vis-à -vis des milices russes en les remplaçant par un corps plus officiel, l’ancien bras armé de Moscou, le groupe Wagner, exige une compensation financière colossale. Une facture de 900 milliards de francs CFA (environ 1,37 milliard d’euros) qui met le gouvernement de Faustin-Archange Touadéra dans une position délicate, entre quête de souveraineté et risque de déstabilisation.
BANGUI, 17 Mars 2026 – C’est un divorce dont la facture risque de laisser des traces profondes dans les finances déjà exsangues de la République centrafricaine. Alors que le gouvernement de Bangui a officialisé sa volonté de tourner la page de la collaboration avec le groupe Wagner, la structure paramilitaire russe a répondu par une exigence cinglante : un dédommagement de 900 milliards de francs CFA.
Cette somme, colossale pour l’un des pays les plus pauvres de la planète, équivaut à plusieurs fois le budget annuel de l’État. Selon nos informations, cette « note de sortie » viserait à compenser la perte d’exploitation de concessions minières et d’infrastructures économiques que le groupe dirigé jusqu’à récemment par Evgueni Prigojine considérait comme ses parts de marché. Depuis 2018, en échange de la protection du régime contre les groupes rebelles, Wagner a tissé une toile économique opaque, sécurisant l’accès à des mines d’or et de diamants via des sociétés écrans.
Une « transition » sous haute tension
Le gouvernement centrafricain pensait avoir trouvé une porte de sortie élégante en annonçant le remplacement de Wagner par « Africa Corps ». Présentée comme une structure placée cette fois sous la tutelle directe du ministère russe de la Défense, cette nouvelle entité vise à « professionnaliser » l’assistance militaire.
Officiellement, il s’agit pour Bangui de renforcer sa souveraineté en traitant avec un organe d’État, et non plus avec des mercenaires aux méthodes jugées trop brutales. Officieusement, cette manœuvre est perçue par les observateurs comme une tentative de garder le parapluie sécuritaire russe tout en tentant de laver l’image d’un régime accusé de multiples exactions par l’ONU. Mais la facture présentée par l’ancien supplétif complique singulièrement cette transition en douceur.
L’ombre d’un vide sécuritaire
Au-delà du choc financier, c’est la stabilité du pays qui est en jeu. La demande de dédommagement intervient dans un contexte où les forces wagnériennes contrôlent encore des points stratégiques et assurent la protection rapprochée de hautes personnalités, dont le président Touadéra. Un départ non négocié, ou une rupture brutale liée à un refus de payer, pourrait créer un dangereux vide sécuritaire.
« La question n’est pas seulement de savoir comment Bangui va trouver 900 milliards, mais surtout de savoir qui contrôlera les mines et les check-points demain », analyse un diplomate occidental en poste dans la région. « Si Wagner claque la porte sans que les Africa Corps aient pris le relais, les groupes rebelles, qui n’ont jamais été totalement défaits, pourraient rapidement regagner du terrain. »
Les Nations unies, via la MINUSCA, observent cette évolution avec une inquiétude palpable. La communauté internationale, longtemps critique envers les exactions de Wagner, se trouve face à un dilemme : comment aider Bangui à se défaire de cette emprise sans cautionner un changement de façade qui laisserait l’influence russe intacte ?
Un gouvernement silencieux
Interrogé sur cette demande colossale, le gouvernement centrafricain reste pour l’heure silencieux. Aucun communiqué officiel n’a été publié, signe probable d’intenses tractations en coulisses. La présidence, via des sources proches, tente de minimiser l’incident en évoquant une simple « manœuvre d’intimidation » de la part d’hommes d’affaires russes cherchant à préserver leurs intérêts.
Pourtant, l’avenir du pays semble suspendu à ce bras de fer. La République Centrafricaine, qui a bâti sa survie sur une alliance avec Moscou, découvre aujourd’hui le coût exorbitant d’une tentative d’émancipation. Reste à savoir si le Kremlin, désireux de maintenir son influence en Afrique centrale, choisira d’apaiser les tensions ou d’utiliser cette dette comme un nouveau levier de pression sur Bangui.

