NIAMEY, 29 janvier 2026 â Une intense fusillade et de fortes explosions ont retenti cette nuit prĂšs de lâaĂ©roport international de Niamey, semant lâinquiĂ©tude dans la capitale nigĂ©rienne. Alors que les autoritĂ©s restent silencieuses sur les causes de ces violences, lâincident met en lumiĂšre le sort dâune ressource stratĂ©gique convoitĂ©e : un stock dâuranium de plusieurs centaines de millions dâeuros, bloquĂ© sur place et au cĆur dâune Ăąpre bataille juridique et diplomatique entre le rĂ©gime militaire et lâex-puissance coloniale française.
Une nuit de violence sous haute tension
Entre minuit et deux heures du matin, les riverains de la zone aĂ©roportuaire ont Ă©tĂ© rĂ©veillĂ©s par des tirs dâarmes lourdes et des dĂ©flagrations. Des vidĂ©os circulant sur les rĂ©seaux sociaux montrent des traĂźnĂ©es lumineuses dans le ciel possible signe dâune riposte de dĂ©fense anti-aĂ©rienne, dâimportantes flammes et des vĂ©hicules calcinĂ©s. Les autoritĂ©s ont dĂ©routĂ© un vol civil en provenance dâAlger vers le Burkina Faso par mesure de prĂ©caution. Le calme est revenu aux alentours de 2h00, mais sans quâaucun bilan officiel ne soit communiquĂ©.
Cet Ă©vĂ©nement survient dans un contexte sĂ©curitaire et politique extrĂȘmement tendu. DirigĂ© depuis juillet 2023 par le gĂ©nĂ©ral Abdourahamane Tiani, le Niger fait face Ă une menace jihadiste persistante. Rien quâen 2025, les violences au Sahel ont fait prĂšs de 2 000 morts dans le pays. La junte a dâailleurs annoncĂ© fin dĂ©cembre un projet de mobilisation gĂ©nĂ©rale pour la « dĂ©fense de la patrie ».
Lâuranium, la ressource qui enflamme les tensions
Au cĆur des prĂ©occupations : le sort dâenviron 1 000 tonnes de concentrĂ© dâuranium (yellowcake), actuellement stockĂ©es sur la base aĂ©rienne adjacente Ă lâaĂ©roport. Cette cargaison est lâĂ©picentre dâun conflit majeur.
· Lâaffrontement avec la France : Cet uranium a Ă©tĂ© produit par la SociĂ©tĂ© des mines de lâAĂŻr (SomaĂŻr), ex-filiale du groupe français Orano, nationalisĂ©e par la junte en juin 2025. Orano, qui se dit « dĂ©possĂ©dĂ© », a engagĂ© des poursuites judiciaires internationales. Le groupe estime la valeur du stock Ă 300 millions dâeuros et met en garde : il intentera une action en justice contre « quiconque voudrait mettre la main » sur cet uranium.
· La quĂȘte dĂ©sespĂ©rĂ©e dâune issue : Pour des raisons Ă la fois financiĂšres et de souverainetĂ©, le rĂ©gime de Niamey cherche par tous les moyens Ă vendre cette ressource et Ă lâexporter. Les routes traditionnelles via le BĂ©nin Ă©tant bloquĂ©es, lâoption dâun transport risquĂ© par la route Ă travers le Burkina Faso est Ă©voquĂ©e, tout comme un transit par le port de LomĂ©, au Togo. Des sources Ă©tatiques françaises Ă©voquent un accord en cours avec la Russie pour lâacquisition de ce stock.
Trois hypothĂšses pour une nuit de feu
En lâabsence de version officielle, les spĂ©culations vont bon train parmi les observateurs de la rĂ©gion :
1. Une attaque jihadiste ciblĂ©e : LâaĂ©roport, qui abrite une base militaire et le quartier gĂ©nĂ©ral de la force conjointe de lâAlliance des Ătats du Sahel (AES, regroupant Niger, Mali et Burkina Faso), est un symbole de lâĂtat. Une attaque viserait Ă dĂ©stabiliser directement le rĂ©gime.
2. Un incident interne liĂ© Ă lâuranium : Des manĆuvres de sĂ©curisation de la prĂ©cieuse cargaison, ou mĂȘme des tensions au sein de lâappareil militaire sur son sort, pourraient avoir dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©.
3. Une tentative dâinterception ou de sabotage : Dans le contexte des tensions internationales et des menaces juridiques, une action secrĂšte visant Ă empĂȘcher physiquement le dĂ©placement ou la vente de lâuranium ne peut ĂȘtre Ă©cartĂ©e.
Une rĂ©gion au bord de lâimplosion
Cet incident illustre avec fracas la fragilitĂ© explosive du Sahel. Alors que la France et le Tchad viennent de sceller une « paix de brigands » pour prĂ©server leurs intĂ©rĂȘts communs, le Niger, ancien « porte-avions continental » français, apparaĂźt comme un nouveau foyer dâinstabilitĂ©. La bataille autour de lâuranium de Niamey dĂ©passe le simple diffĂ©rend commercial : elle cristallise la guerre dâinfluence qui se joue dans la rĂ©gion et rĂ©vĂšle les risques de dĂ©stabilisation accrue lorsque les richesses du sous-sol deviennent lâenjeu de conflits de pouvoir. Le silence des autoritĂ©s nigĂ©riennes, plus de douze heures aprĂšs les faits, nâest pas de bon augure. Il laisse planer le doute sur la maĂźtrise rĂ©elle de la situation et sur la capacitĂ© du rĂ©gime Ă protĂ©ger ses atouts les plus sensibles, au moment mĂȘme oĂč il tente de prouver sa souverainetĂ© en bravant les mises en garde

