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Pris entre le groupe Wagner et des contingents de la MINUSCA accusĂ©s de dĂ©rives, les autoritĂ©s de Bangui semblent dĂ©passĂ©es par leurs partenaires sĂ©curitaires. Un cas grave d’usage de drones contre un pays voisin pourrait provoquer une crise diplomatique majeure au Conseil de sĂ©curitĂ© de l’ONU.

Alors que la 7ᔉ RĂ©publique centrafricaine peine Ă  s’installer, le prĂ©sident Faustin-Archange TouadĂ©ra voit son autoritĂ© mise Ă  l’Ă©preuve par les agissements incontrĂŽlĂ©s de ses alliĂ©s militaires. Entre accusations contre le groupe Wagner et une enquĂȘte amĂ©ricaine pointant des Casques bleus rwandais pour une attaque de drones sur la RDC, Bangui navigue dans une tempĂȘte gĂ©opolitique qui pourrait coĂ»ter cher.

BANGUI, le 07 FĂ©vrier 2026 – L’état de grĂące est terminĂ©. Le prĂ©sident centrafricain Faustin-Archange TouadĂ©ra, qui s’apprĂȘte Ă  entamer un nouveau mandat sous la 7ᔉ RĂ©publique, est aujourd’hui confrontĂ© Ă  une sĂ©rie de crises majeures Ă©manant de ceux-lĂ  mĂȘmes qui sont censĂ©s garantir la sĂ©curitĂ© de son pays. Loin de consolider l’État, ses partenaires stratĂ©giques le groupe Wagner d’abord, et dĂ©sormais des contingents rwandais de la MINUSCA deviennent la source de scandales et d’incidents internationaux qui Ă©chappent totalement au contrĂŽle de Bangui.

Le dernier Ă©pisode en date est d’une gravitĂ© sans prĂ©cĂ©dent et pourrait provoquer un sĂ©isme diplomatique. Selon des renseignements amĂ©ricains confirmĂ©s par des sources onusiennes, des drones militaires ayant attaquĂ© l’aĂ©roport international de Kisangani Bamboka, en RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC), auraient Ă©tĂ© lancĂ©s depuis le territoire centrafricain. La piste privilĂ©giĂ©e par les enquĂȘteurs mĂšne aux Rwanda Defence Forces (RDF), intĂ©grĂ©s au contingent rwandais de la Mission des Nations unies en Centrafrique (MINUSCA).

Cette rĂ©vĂ©lation a provoquĂ© un choc au siĂšge de l’ONU. Une rĂ©union d’urgence du Conseil de sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© convoquĂ©e pour examiner la rĂ©vocation possible du statut de Casques bleus du Rwanda. Une telle mesure, rarissime, serait prononcĂ©e pour « activitĂ©s incompatibles » avec le mandat de paix. Le DĂ©partement des opĂ©rations de maintien de la paix (DOMP) a ouvert une enquĂȘte approfondie. Si les faits sont avĂ©rĂ©s, le contingent rwandais serait immĂ©diatement rapatriĂ© et Kigali perdrait ses immunitĂ©s liĂ©es Ă  la mission, avec de lourdes consĂ©quences sur sa rĂ©putation et son rĂŽle dans les opĂ©rations de paix.

Un président dépassé par ses « protecteurs » ?

Cet incident spectaculaire survient dans un contexte dĂ©jĂ  extrĂȘmement tendu. Depuis des mois, les alliĂ©s russes du groupe Wagner, prĂ©sents en RCA depuis 2018, sont rĂ©guliĂšrement accusĂ©s d’exactions et d’agissements en totale autonomie. Le rĂ©cent cas de l’assassinat d’un policier centrafricain, enlevĂ© et torturĂ© Ă  mort par des membres prĂ©sumĂ©s du groupe, n’est que la pointe Ă©mergĂ©e de l’iceberg, selon plusieurs ONG. « Ces hommes se comportent en maĂźtres, protĂ©gĂ©s par une impunitĂ© totale. On se demande si le prĂ©sident TouadĂ©ra lui-mĂȘme a une quelconque prise sur eux », affirme un diplomate occidental sous couvert d’anonymat.

La situation crĂ©e un paradoxe explosif : l’État centrafricain, qui a invitĂ© ces forces pour assurer sa sĂ©curitĂ© et contrer les groupes armĂ©s, voit sa souverainetĂ© grignotĂ©e et son image internationale sĂ©vĂšrement endommagĂ©e. L’incident des drones place la RCA au cƓur d’un conflit rĂ©gional entre le Rwanda et la RDC, sans que Bangui n’ait semblĂ© en maĂźtriser les tenants et aboutissants.

Nangaa, un président fantoche pris dans un jeu plus grand que lui ?

L’implication allĂ©guĂ©e des RDF via la MINUSCA jette une lumiĂšre crue sur les complexitĂ©s de la prĂ©sence rwandaise. Des sources proches du dossier affirment que Cornelle Nangaa, l’instigateur de la rĂ©bellion du « Congo River Alliance » basĂ©e Ă  Goma (Ă  plus de 700 km), a Ă©tĂ© contraint de s’attribuer la responsabilitĂ© des attaques de Kisangani. « Il ne maĂźtrise rien. Il est aux ordres de Kigali et de la politique tutsie de Paul Kagame, qui agit comme il l’entend dans la rĂ©gion », assure un analyste spĂ©cialiste de la rĂ©gion des Grands Lacs.

Cette affaire dépasse largement le cadre centrafricain et pose une question fondamentale : la RCA est-elle devenue une plateforme arriÚre pour des opérations militaires clandestines menées par des acteurs étrangers, au mépris de sa souveraineté et de la paix régionale ?

L’heure des comptes a sonnĂ©

Pour le prĂ©sident TouadĂ©ra, le dĂ©fi est dĂ©sormais existentiel. Il doit, d’une part, rĂ©pondre aux interrogations croissantes sur son contrĂŽle rĂ©el sur le territoire et ses partenaires sĂ©curitaires. D’autre part, il devra gĂ©rer les retombĂ©es de la crise onusienne, qui pourrait priver la RCA d’un contingent important de la MINUSCA en plein processus de stabilisation.

Le Conseil de sĂ©curitĂ© devra trancher : faut-il retirer son mandat au Rwanda, au risque de fragiliser davantage une mission dĂ©jĂ  critiquĂ©e ? Cette dĂ©cision sera un test crucial pour la crĂ©dibilitĂ© du maintien de la paix de l’ONU. Pour Bangui, c’est la crĂ©dibilitĂ© mĂȘme de la 7ᔉ RĂ©publique qui se joue. Le prĂ©sident devra prouver qu’il dirige son pays, et non l’inverse.

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