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Bangui, 26 janvier 2026 – Un vent de panique souffle sur la République centrafricaine. Depuis fin 2025, un nombre croissant de projets humanitaires ferment leurs portes, annonçant une vague massive de retraits en 2026. Des agences majeures comme la MINUSCA, l’OMS, le PNUD, ONU Femmes, l’UNICEF, UNFPA et l’USAID sont directement affectées. Cette rupture brutale du cordon humanitaire, financé en grande partie par les États-Unis, menace de plonger un pays déjà exsangue dans une crise socio-économique aux conséquences potentiellement dévastatrices.

Le spectre d’une crise multiforme

Les chiffres sont alarmants. Le Plan de réponse aux crises 2026 de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour la Centrafrique estime à 2,3 millions le nombre de personnes ayant besoin d’assistance. L’agence cherche elle-même à mobiliser 30 millions de dollars pour cibler 135 376 individus parmi les plus vulnérables.

Ces coupes budgétaires, attribuées à un recentrage de la politique étrangère américaine, s’inscrivent dans une logique qui privilégie les intérêts économiques nationaux. L’impact sur le terrain est immédiat : des cliniques mobiles ferment, des distributions alimentaires s’arrêtent et des emplois locaux financés par les projets disparaissent.

Un tableau sombre se dessine :

· Santé publique : La suspension de programmes vitaux comme le PEPFAR, qui fournit des traitements contre le VIH/SIDA, prive des milliers de patients de soins essentiels.

· Sécurité alimentaire : Le Programme alimentaire mondial (PAM), partiellement financé par les États-Unis, pourrait réduire drastiquement ses distributions, laissant des familles sans ressources.

· Stabilité sociale : Un habitant de Bangui interrogé par Guira FM résume l’angoisse : « L’existence de ces ONG dans notre pays crée beaucoup d’emplois ».

Leur départ risque d’aggraver le chômage des jeunes dans un contexte économique déjà précaire.

Un État en déficit structurel, peu armé pour prendre le relais

Face à ce retrait, la capacité du gouvernement centrafricain à amortir le choc apparaît extrêmement limitée. L’État est structurellement faible et dépendant.

· Budget 2026 en déficit : La loi de finances pour 2026, adoptée le 10 décembre dernier, prévoit des dépenses de 396,35 milliards de F CFA pour seulement 368 milliards de recettes, soit un déficit de 28 milliards (environ 1,2% du PIB).

· Dette élevée : La dette consolidée du pays représente près de 58,7% du PIB, malgré une trajectoire de réduction visant les 40% d’ici 2030.

· Énergie défaillante : Un frein majeur au développement économique et à toute tentative de relance. La RCA reste l’un des pays les moins électrifiés au monde, une situation qui « étouffe les rêves industriels », selon les analystes.

Une région en flammes, un risque de contagion

La crise survient à un moment de forte instabilité régionale. La guerre au Soudan voisin, qualifiée par l’ONU de « pire crise humanitaire et de déplacement au monde« , a provoqué le déplacement forcé de près de 13 millions de personnes.

La Centrafrique, déjà fragilisée, pourrait faire face à un nouvel afflux de réfugiés, venant alourdir la charge sur des services nationaux inexistants et une aide internationale en nette diminution. Le chef de l’humanitaire de l’ONU a récemment qualifié le Darfour de nouvel « épicentre mondial de la souffrance humaine ».

Quelle voie pour sortir de la dépendance ?

Cette débâcle humanitaire oblige à une réflexion brutale sur le modèle de développement centrafricain. La dépendance chronique à l’aide étrangère, illustrée par cette crise, révèle un échec de la souveraineté économique.

Malgré d’importantes richesses naturelles (or, diamants, bois), le pays n’a pas su les transformer en leviers de développement interne, notamment à cause de la corruption et de faiblesses institutionnelles persistantes.

La décision américaine, aussi brutale soit-elle, pourrait servir d’électrochoc.

Certains experts plaident pour une stratégie de « non-alignement actif », visant à diversifier les partenariats tout en développant une expertise et une régulation nationales solides. Cette philosophie pourrait être étendue à l’ensemble de la coopération internationale.

Le gouvernement, quant à lui, mise sur une croissance du PIB à 3,5% en 2026 et une inflation maîtrisée à 3,6%. Des prévisions qui paraissent bien optimistes au regard du tsunami humanitaire qui s’annonce.

Alors que des voix s’élèvent dans les rues de Bangui pour dénoncer un « danger » imminent, la communauté internationale observe, divisée. Les mois à venir diront si la République Centrafricaine sombre dans une nouvelle tragédie ou si elle parvient à trouver, dans l’urgence, les ressorts d’une plus grande autonomie.

Pour l’instant, ce sont les populations les plus vulnérables qui paient le prix fort de cette recomposition géopolitique.

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