0 5 minutes 21 minutes

BANGUI, 13 Mars 2026 – Huit ans après la mise en sommeil de leur coopération bilatérale, la France et la République centrafricaine ont officiellement scellé leur réconciliation. Le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a choisi Bangui pour tourner une page marquée par la défiance, tout en esquissant les contours d’un nouveau partenariat.

L’image a quelque chose d’historique, presque de symbolique. Ce jeudi 12 mars 2026, dans la touffeur de Bangui, un ministre français foulait pour la première fois depuis 2018 le sol centrafricain. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Noël Barrot n’est pas venu simplement pour une visite de courtoisie. Il est venu pour acter une réconciliation.

« Ma visite marque effectivement la restauration complète des relations entre nos deux pays », a-t-il lancé, avec la solennité de ceux qui savent qu’ils écrivent une nouvelle ligne dans le livre déjà épais des relations franco-africaines. Une déclaration soigneusement pesée, qui enterre définitivement la crise ouverte en 2018, lorsque Paris avait décidé de suspendre ses aides budgétaires à la République Centrafricaine, gelant du même coup des décennies de coopération.

Mais le ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a tenu à relativiser cette brouille, la qualifiant de « brève à l’échelle de notre histoire commune ». Une formule élégante pour signifier que la France, malgré les turbulences, n’a jamais vraiment quitté le jeu centrafricain.

Le choix du terrain associatif

Si le discours officiel était attendu, le choix des lieux, lui, était tout sauf anodin. Loin des ors de la présidence ou des grandes conférences de presse, Jean-Noël Barrot a inauguré le nouveau siège de la MOSUCA, le Mouvement des survivants de Centrafrique. Une infrastructure construite avec le soutien de l’ambassade de France, comme pour signifier que ce nouveau départ se fera d’abord par la société civile, par la base.

Le message à l’adresse du pouvoir de Bangui est clair : la France revient, mais elle revient différente. Moins intrusive, moins politique, recentrée sur l’humain et les urgences du quotidien. La santé, l’entrepreneuriat, l’environnement et la protection des femmes ont ainsi été identifiés comme les quatre piliers de cette coopération rénovée.

Les ombres rwandaises et russes

Reste que cette « restauration complète » des relations ne se fait pas en terrain vierge. Depuis huit ans, le Centrafrique a appris à vivre sans la France. Mieux, elle a diversifié ses alliances. Les Russes, via le groupe Wagner (aujourd’hui Africa Corps), ont pris une place prépondérante dans la sécurisation du régime. Les Rwandais, eux, ont envoyé des milliers d’hommes pour stabiliser un pays exsangue.

Alors, que peut encore apporter la France ? Probablement ce que ses concurrents ne peuvent ou ne veulent pas offrir : un retour dans le giron des financements multilatéraux, une caution diplomatique auprès des institutions de Bretton Woods, et un discours moins centré sur l’exploitation des ressources que sur le développement à long terme.

L’avenir d’une réconciliation

Pour Faustin-Archange Touadéra, cette main tendue par Paris est une aubaine. Elle lui permet de rééquilibrer un jeu diplomatique jusqu’ici très largement dominé par Moscou et Kigali, sans pour autant avoir à renier ses partenaires actuels.

Reste à savoir si cette déclaration d’intention se traduira par des actes. La République Centrafricaine, pays aux richesses inouïes mais au développement en berne, attend des gestes concrets. La France, elle, espère que ce retour en grâce lui permettra de sauver ce qui peut encore l’être de son influence dans une région où elle est souvent perçue comme un acteur du passé.

Une chose est sûre : la « brève » période de tension est officiellement terminée. Reste à écrire, désormais, le chapitre suivant.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *